Les cultures sont parfois parsemées de pousses d'ivraie, leurs graines toxiques se confondant alors avec celles du blé. Si nous osons la comparaison, le domaine des « hedge funds » ressemble davantage à un champ d'ivraie juste parsemé de quelques « bons grains » de blé. Car, sur 10.000 de ces fonds environ à travers le monde, seuls 10 % sont en conformité avec les principes du secteur. Séparer le bon grain de l'ivraie dans ce domaine nécessite dès lors à la fois rigueur et compétences de haut vol.
Au minimum, un « hedge fund » devrait ainsi respecter trois principes : investir dans des produits liquides à des prix avantageux ; neutraliser les risques défavorables par des techniques de couverture (« hedging ») comme les ventes à découvert (« short selling ») ; aligner les intérêts des clients sur ceux du gérant, lequel doit à la fois être investisseur dans le fonds et propriétaire de la société d'investissement.
Malheureusement, le terme de « hedge fund » est souvent usurpé, les risques défavorables n'étant fréquemment pas neutralisés et se retrouvant parfois même amplifiés par des leviers. Le secteur est également truffé d'imposteurs, de fraudeurs, ou encore de simples voleurs. Certains fonds traditionnels (« long only ») sont même déguisés en « hedge funds », alors que d'autres « faux «hedge funds» » s'apparentent davantage à des activités bancaires et actuarielles, comme les prêts liés aux cartes de crédit, les leasings automobiles ou encore les contrats d'assurance-vie. Et certains se classent encore dans des catégories singulières, à l'instar de l'Asset Based Lending (ABL), qui se consacre à l'affacturage (« factoring »).
Pour l'ensemble du secteur, l'année 2008 demeurera l'une des plus mauvaises en termes de performances de gestion. Et ce sont l'augmentation des risques économiques et financiers, et la virulence sans précédent des risques systémiques, opérationnels ou encore réglementaires - comme celui visant l'interdiction des ventes à découvert - qui en constituent les causes principales. Aussi les gérants de « hedge funds » ont-ils dû jongler avec les risques de contrepartie, limiter le risque de financement ou d'appel de marge (« margin call »), ainsi qu'anticiper les risques de remboursement, ou encore de liquidité. En corollaire, le gérant type s'est vu consacrer davantage de temps à l'administration de son fonds, à la négociation de ses relations bancaires, ou encore à l'analyse des flux opérationnels, qu'à la gestion des actifs.
A ce cataclysme général est encore venu s'ajouter, en décembre, l'ouragan du scandale des 50 milliards de dollars engloutis dans le fonds à schéma de Ponzi de Bernard Madoff. La crise de confiance envers le domaine des « hedge funds » atteignait ainsi son paroxysme...
S'il fallait tirer une leçon du millésime désastreux de 2008, elle se résumerait au seul précepte auquel nous adhérons d'ailleurs depuis plusieurs années : acheter les « hedge funds » aux structures simples (que l'on comprend) et refuser ceux aux structures complexes (que l'on ne comprend pas).
Il n'en reste pas moins que cette série de catastrophes a ouvert aujourd'hui de nouvelles perspectives aux investisseurs dans ce domaine, certains des meilleurs gérants de « hedge funds », jadis inaccessibles, donnent à nouveau accès à leurs véhicules d'investissement aux nouveaux souscripteurs. Et ce, à des termes largement plus favorables, après avoir eux aussi accusé des retraits massifs, dans la foulée du vent de panique qui a soufflé sur le secteur.
Par ailleurs, la détente sur de nombreux marchés offre à ces gérants qualifiés de nombreuses opportunités, notamment au niveau des primes de risque et des « spreads » d'arbitrage, tant sur les marchés des changes que sur les marchés obligataires, des matières premières, des actions ou même du crédit. Ils devraient ainsi continuer de surperformer de nombreux marchés financiers, tout en offrant une protection du capital sur un cycle de marché.
Une sélection minutieuse des meilleurs « hedge funds » mondiaux devrait donc susciter aujourd'hui toutes les convoitises des investisseurs. Du point de vue des stratégies de placement les plus prometteuses, une sélection rigoureuse de fonds, par exemple dans les domaines « macro » et « long-short », offre aujourd'hui d'excellentes perspectives. Rappelons enfin que, sur la durée, la faible corrélation des « hedge funds » avec les actifs traditionnels en fait des outils de diversification indispensables.